« Des pilules ? Mais je ne suis pas malade ! »

 

Bonjour, un aspect important et non négligeable de la vie en tant qu’Asperger, c’est le fait que l’esprit est beaucoup plus vagabond que le corps. Souvent, quand les gens, la famille ou les amis me regardaient, ils voyaient un garçon fixant le vide, comme en transe. Alors qu’en réalité, j’étais au beau milieu d’une réflexion profonde et sérieuse, du genre : « Y a-t-il une vie après la mort ? » ou complètement stupide, du genre : « Qui a inventé le suppositoire ? ». Bien entendu, ces voyages dans la lune nuisent à la société d’aujourd’hui, surtout si une personne doit perdre sa concentration fréquemment. La solution ? Drugs : les médicaments ! C’est le sujet que j’aborderai cette semaine.

Je n’ai pas toujours été très chaud à l’idée de prendre des médicaments, plus précisément sous forme de pilules. Aujourd’hui je prends ma pilule comme la plupart des gens le font, mais ça ne fait pas si longtemps que ça ne me dérange plus. Peut-être quatre ou cinq ans, je dirais. Il fut un temps où me faire prendre ma médication le matin était un cauchemar pour mon père. J’avais horreur de ça ! Je ne suis plus trop sûr pourquoi, j’avais peut-être peur de m’étouffer. Mais je me rappelle un de ces matins, avant de partir à l’école, la bagarre habituelle pour prendre mon comprimé; je me souviens avoir dit « Je n’en ai pas besoin ! Je ne suis pas malade ! ». J’avais tort, en partie : je ne comprenais simplement pas que la pilule était pour autre chose, c’est-à-dire mon trouble de déficit d’attention, ou TDA. Du coup, un jour, plutôt qu’une pilule, mon père est arrivé avec quelque-chose d’autre. Dieu merci, ce n’était pas un suppositoire, mais une petite capsule ouvrable qui

contenait le médicament sous forme de petits granules, que je pouvais prendre avec une cuillérée de yogourt ou de lait, par exemple. Je ne pense pas qu’il soit utile de mentionner son nom ici, même si je m’en souvenais. En tout cas, ça a marché, mieux que l’ancienne pilule.

Peu importe quelle sorte, ma médication avait plusieurs effets. D’abord, elle me gardait réveillé pendant les cours, ce qui était super. Tellement efficace, qu’elle me gardait réveillé bien après l’école, ce qui n’était pas toujours aussi super. J’avais souvent du mal à dormir le soir, et le petit garçon que j’étais n’aimait pas rester allongé dans le noir pendant des heures à fixer le plafond.

Ensuite, elle réduisait mon appétit. Cela fait des années que je n’ai pas ou presque pas mangé un repas le midi. À l’école et même au secondaire, rien qu’une barre tendre, ça faisait l’affaire. Par contre, quelques fois l’été, papa m’exemptait de pilule « pour que je puisse me reposer », et à ce moment-là, je prenais vite du poids ! Mais je le reperdais en retournant à l’école. À bien y penser, c’est peut-être ça, mon secret de minceur ! Je dis cela à la blague, bien sûr : les gens qui me connaissent le savent, je suis loin d’être un modèle de saine alimentation.

Pour finir, l’effet principal désiré de mon médicament, c’est la concentration. Cela me permettait de garder le focus sur ce que je voulais faire, et c’était efficace. Ceci étant dit, je me dois de clarifier une chose : c’est bien de garder le focus, mais ce que je voulais faire n’était pas toujours la même chose que ce que les autres voulaient que je fasse. Du moins, c’est ce que j’ai remarqué. Quand quelque-chose m’ennuie, ce n’est pas long avant que je porte mon attention

ailleurs ou que je parte dans la lune. Ces médicaments ne sont pas faits pour améliorer l’obéissance, mais pour améliorer la concentration. À mon avis, il est normal qu’une personne ne se concentre pas sur la tâche qu’elle doit faire, même si elle a pris une pilule. Il peut arriver que quelque-chose la tracasse, l’angoisse, la rende excitée, ou même ne l’intéresse pas. N’importe quel être humain a ce genre de comportement, je me trompe ? Je ne suis pas médecin, mais c’est tout de même ce que je pense. Les choses peuvent varier d’une personne à l’autre.

Ne le prenez pas mal, je connais les bienfaits des médicaments que je prends, et ça se remarque quand je ne les prends pas. Il m’arrive de sauter une journée par oubli, par exemple quand je suis persuadé de les avoir pris par habitude, mais que plus j’avance dans la journée, plus je me rends compte du contraire. Souvent, je ne me rends pas compte directement de mon changement de comportement, excepté pour deux choses, deux signes que j’arrive à reconnaitre le mieux. L’un d’eux est la nourriture. Quand je me rends compte qu’un après-midi, j’avale n’importe quoi que je puisse trouver (il m’arrive de grignoter des pâtes sèches), je me demande « Pourquoi ai-je aussi faim tout à coup ? ». Et peu après suit la question : « Est-ce que j’ai pris mon médicament? ». Eh bien non ! Quand je le prends, il est bien rare que je sois affamé en milieu de journée. C’est un signe qui ne ment pas, ou presque. Je suis parfois gourmand. L’autre signe est mon humeur : je deviens plus euphorique sans médicament, plus agité ou énergique. Les gens le remarquent assez vite, que je suis beaucoup plus « un peu partout » que d’habitude. J’exprime plus d’émotions, aussi. Beaucoup plus. On peut même dire que je déborde d’énergie, par moments ! À

condition que je ne sois pas en train de fixer le vide, complètement perdu dans ma bulle. Je passe tellement de belles journées sans médicaments ! C’est bizarre à dire, parce que je suis plus attentif et plus ouvert d’esprit avec mes médicaments. Je connais leur importance, et je tiens à les prendre tous les jours, pour mon bien et celui des autres autour de moi. Et puis, même quand je les prends, il m’arrive de rester immobile et d’avoir l’air perdu, alors que je ne fais que penser, ou réfléchir à quelque-chose d’important… ou complètement stupide !

Quelle belle manière de conclure ! J’espère que vous avez apprécié la lecture, et je vous invite à revenir la semaine prochaine pour d’autres aperçus particuliers de ma vie d’Asperger.

 

11 réponses
  1. Géraldine
    Géraldine dit :

    Quel beau témoignage Alexis… j’aime énormément te lire ! C’est un beau partage que tu nous offres et c’est vraiment bien d’avoir ton avis, toi qui est le 1er concerné par cette médication ! Un grand Merci !!!!

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  2. Sandrine
    Sandrine dit :

    Merci Alexis pour ton récit qui raconte très bien ce que tu vis.
    Bon courage à toi pour cette prise quotidienne de médicaments et bon défi pour l’écriture de ton premier livre !

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  3. Mélanie
    Mélanie dit :

    Wow!! Comme tu écris bien !! Je comprend mieux comment tu dois gérer tout ça ! Tu es un jeune homme inspirant continu de livrer ton message avec fierté!!!! ??
    Mélanie

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  4. Aurele Blanchard
    Aurele Blanchard dit :

    Belle discussion de Livres Alexis autistique ou asperges est ce que c’est la même chose car j’ai un gars ont qui est autistes. En passant je suis le père a Melanie et je suis du Nouveau -Brunswick.

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    • Eric
      Eric dit :

      Bonjour M.Blanchard, je vous remercie de votre présence ainsi que de votre question, si vous permettez je vais répondre à votre question moi-même alors voici ; Le syndrome d’asperger est une forme d’autisme qui elle regroupe une panoplie de syndromes différents tel que la trisomie 21 par exemple. En plus simple c’est comme dire que l autisme serait une voiture et que l’asperger serait un model de voiture. J’espère que cela vous aidera dans votre compréhension.

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  5. Jenn
    Jenn dit :

    Bravo Alexis,

    Quelle belle plume et train de pensées que tu as.
    Es-tu conscient que tu auras un best-seller à un si jeune âge?!

    Alors vas-y mon ami, tu as une tonne de personne qui t’encourage et qui croit en toi.

    ?

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  6. Nathalie lemire
    Nathalie lemire dit :

    Super article Alexis! Très intéressant de voir comment tu vis ça. J’adore ta phrase: » Ces médicaments ne sont pas faits pour améliorer l’obéissance, mais pour améliorer la concentration. » Eh oui, tu restes un humain, tu as le droit à tes intérêts et tu as aussi le droit de vivre ta vie, de bouger et même d’être dans la lune, peu importe la médication.

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  7. Manon
    Manon dit :

    Bonjour Alexis

    Je suis estomaquée par ton écriture et par toute cette belle réflexion.
    Prendre le temps de recul sur la prise d’une médication n’est pas banale pour bien comprendre les bienfaits de celui-ci.
    Tu as su démontrer aux gens la vision d’un jeune adolescent rendu jeune adulte maintenant de tous les impacts et les enjeux que la prise d’un comprimé peut faire dans le regard que tu as eu.

    Ton papa a eu l’idee de faire changer ton comprimé par des petites granules et ce simple geste semble avoir changer ta perception et l’acceptation de ce médicament. En n’oubliant pas bien sûr que tu as réalisé que le fait de l’oublier apportait des désagréments pour une meilleure concentration et fonctionnalité de ton corps.
    Félicitation pour ce beau témoignage et bonne continuation mon cher Alexis

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